Rencontre avec Guillaume Lapeyre et Remi Guerin pour City Hall

Guillaume et Rémi

J'ai rencontré Guillaume et Rémi à la Japan Expo de 2012, le tome 1 de City Hall venait de sortir et j'avais eu un vrai coup de cœur pour celui-ci. L'interview s'écoute ici. Aujourd'hui, je vous propose de revenir sur cette série avec une interview par rapport à la fin de ce premier cycle, accrochez vos ceintures, full throttle !

Bonjour Rémi, Bonjour Guillaume, pour commencer pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre quotidien d’auteur et de dessinateur ?

Guillaume : Bonjour à tous et à toutes, je suis Guillaume Lapeyre, dessinateur, grand amoureux des mangas ! Et j'illustre avec grand plaisir les histoires de mon camarade Rémi depuis plus de 4 ans, Explorers (chez Soleil) et depuis l'année dernière sur City Hall chez Ankama !


Pour ce qui est du quotidien, le fait de devoir réaliser une histoire avec le format « manga » (160 pages par volume) est terriblement excitant, notamment parce qu'on avons enfin toute la place pour bien développer l'intrigue, mais en contre partie, c'est aussi accepter qu'il va falloir augmenter le rythme de production. Les lecteurs de manga sont beaucoup plus impatients que tous les autres. Je le sais, je le suis aussi ! Nous essayons de tout faire pour que les délais de parutions soient le plus court possible.


Mes journées sont rythmées par l'école (j'ai deux enfants), je me mets à mon bureau de 9h30 à 11h30, puis de 14h30 à 17h30, et enfin le soir dés qu'ils sont couchés, de 21h à minuit. Je regarde un épisode de la série en cours et zou, c'est reparti le lendemain.
Et cette organisation millimétrée est mise à mal par le week-end !

Rémi : Bonjour également ! Je suis scénariste de BD depuis maintenant presque 8 ans. J'ai plusieurs séries à mon actif, dont deux avec Guillaume mais j'ai la chance de travailler avec d'autres auteurs extrêmement talentueux aussi, comme Sébastien Damour par exemple !

J'ai le grand bonheur d'être aux commandes d'un scénario de manga et cela m'offre enfin de la place pour m'exprimer, développer l'intrigue, les personnages, et prendre le temps de mettre en place des véritables scènes d'actions. En gros je peux enfin écrire un film avec un budget hollywoodien et je ne suis plus restreint par un format télé. Et avoir Guillaume pour illustrer le tout et donner vie aux personnages c'est un peu comme avoir la crème de la crème, alors que demander de plus ?!

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de City Hall, de l’idée originale à la version finale.

Rémi : L'idée originale est assez simple, et finalement avant même d'écrire une histoire j'avais envie d'un genre et des idées de personnages. Fan de comics je rêvais de créer ma propre ligue des gentlemen extraordinaires, j'avais envie d'un bon polar du début du XXème siècle. C'est comme ça qu'est né l'envie, puis il a fallu un lieu et Londres se prêtait merveilleusement à la situation. Mais City Hall n'était alors encore qu'un "simple" polar. Et comme mes deux héros étaient des écrivains Guillaume m'a suggéré un aspect plus "fantastique" : et si ce qu'ils écrivaient avaient une incidence, leur donnait des pouvoirs ?

 Pourquoi pas... Mais alors à une condition, lui ai-je dit à l'époque, que cela se déroule dans un monde dans lequel il n'y à plus de papier ! Je ne voulais pas à avoir à gérer un monde dans lequel tout le monde possède ce pouvoir ni trouver une explication bancale de pourquoi certains auraient ce don et pas d'autres. L'affaire était entendue et la version finale venait de trouver sa dimension particulière. Je ne résiste pas à l'envie de vous la raconter, avec des mots différents de la dernière fois !

L'histoire se déroule dans une version steampunk de Londres, en 1902. Un crime horrible est commis, obligeant les forces de police de City Hall à sortir les grands moyens. Sur le corps de la victime, l'Inspecteur Chef Lester découvre une feuille de papier sur laquelle un énigmatique message est griffonné. A priori rien d'inquiétant... mais pas dans un monde comme celui de City Hall, dans lequel le papier a disparu depuis plus de 200 ans, dans lequel plus personne ne sait écrire et dans lequel tout ce que vous décrivez prend vie ! Le papier est l'arme la plus puissante de l'univers, sa limite votre imagination, et dehors, libre comme l'air, circule un criminel qui en possède, qui sait écrire et qui a décider de tuer pour arriver à ses fins. Mais la police ignore qui, quelles sont ses motivations et comment l'arrêter. La lumière d'espoir qui viendra éclairer cette sombre affaire est apportée par trois personnages assez atypiques a qui l'on confie la mission de résoudre cette enquête : Jules Verne (célèbre écrivain de livres numériques et inventeur à ses heures), Arthur Conan Doyle (étudiant en médecine possédant un talent certain pour la logique), et Amélia Earhart (Aviatrice et Espionne pour le compte du Culper Ring, une agence gouvernementale secrète). Cette étonnante équipe aura la lourde charge d'affronter le terrifiant Lord Black Fowl et de trouver qui se cache sous le masque du corbeau.

Pouvez-vous réagir par rapport à ces mots :

Global Manga

Guillaume : C'est juste une étiquette pour les gens qui aiment classifier les oeuvres. Si on estime que le terme Manga se rapporte aux histoires illustrées faites par des auteurs japonais, alors sans doute, Global manga pourrait vouloir dire histoires illustrées faites des auteurs étrangers au japon. Mais qu'importe le moyen, le format, l'origine des auteurs et le style, l'important est de servir une histoire. Nous l'avons fait sur du format manga parce que nous nous y sommes senti à l'aise !

Rémi : C'est un terme que je ne comprends pas vraiment. Je n'ai rien contre, je ne le récuse pas non plus, mais à part permettre de créer une catégorie dans laquelle ranger les auteurs utilisant le format manga sous prétexte qu'ils ne sont pas Japonais, j'ignore ce que cela veut dire exactement. City Hall est à ranger dans la catégorie que chacun souhaite, celle là ou une autre m'importe peu, ce format était le bon pour une histoire de cette ampleur là et nous l'avons choisi avec respect et par amour de cette culture.

Personnages principaux et secondaires

Guillaume : Je sens que Rémi va écrire une tartine sur ce sujet, alors, sans le paraphraser, je dirais juste que les personnages principaux sont le tronc d'un arbre, et les personnages secondaires en sont les branches, Jules Verne, Arthur Conan Doyle et Amélia Earheart n'auraient pas suffisamment d'assise sans les autres personnages qui gravitent autour. Ils font partie d'un tout !

Rémi : Vaste sujet ! Je vais essayer de faire court et synthétique. Disons que les personnages, principaux et secondaires, sont plus important que l'histoire. C'est la clé d'un récit intéressant. En réalité j'ai la conviction que si l'histoire vous écrivez est faible ou juste "classique", mais que vos personnages sont bien construits, alors vous toucherez vos lecteurs. L'âme d'un bon récit ce sont les personnages, l'alchimie qui les lient, la manière dont ils agissent et ils ne doivent en aucun cas être un prétexte à raconter quelque chose. C'est votre histoire le prétexte à les regarder vivre et s'empêtrer dans votre imaginaire. En tant que scénariste, le meilleur moment de l'écriture c'est celui où ce sont vos personnages qui change le fil de votre histoire parce qu'ils ont décidés de réagir autrement et qu'ils vous obligent alors à vous adapter à eux !
 
Uchronie

Rémi : Un genre qui offre une infinité de possibilités d'écriture, d'imaginer, de refaire le monde, ce pour quoi nous inventons et imaginons tous ces univers, mais avec un petit plus, un contexte de base, un moment de l'Histoire qui nous parle, qui fait référence à notre passé. J'adore cette idée ! Nous qui sommes toujours en train de nous dire "Et si ça s'était passé comme ça...". Voilà de quoi satisfaire notre insatiable soif de probabilités !

Steampunk

Guillaume : Exaltant, et très riche, le modernisme et le charme d'antan, propice à toutes les folies et à toutes les aventures, un style et une approche dans lequel on plonge volontiers après avoir pris une très grand respiration !

Quel est votre rapport à l’uchronie et au steampunk, en tant que lecteur et qu’auteur - dessinateur ?

Guillaume : c'est en préparant City hall que j'ai approfondi le style Steampunk. Je connaissais un peu, comme tout le monde, mais en étudiant de plus près, j'ai découvert toutes les autres mouvances, j'aimerais pouvoir les illustrer toutes dans City hall, tant elles sont passionnantes !
(Ceci est un appel du pied pour Rémi : fais-moi une histoire avec des armées Napoléoniennes à bord de zeppelins anti-gravitationnels qui se rendent aux Indes, pliz)

Rémi : Le mixe de ce genre et de cet univers est, pour moi, la solution idéale pour faire exploser tous les verrous de mon imagination. Plus de limites, juste de l'envie, de la création et du plaisir ! D'ailleurs je vais de ce pas aller imaginer de quoi satisfaire l'envie folle de Guillaume... Des zeppelins anti-gravitionnels et l'armée Napoléonienne, rien que ça... pfff (rires)

En réalité oui, j'ai découvert le genre uchronique alors que je n'étais qu'un adolescent. Mon frère avait acheté un bouquin et alors qu'il venait de finir de le le dévorer j'ai eu envie d'en savoir plus sur ce qui l'avait autant passionné quelques jours durant. C'est comme ça que j'ai pris une claque, c'est comme ça que j'ai découvert Philip K. Dick, c'est comme ça que j'ai lu Le Maitre du Haut Château.

Pouvez-vous  nous parler de vos projets en cours et futurs ?

Guillaume : Pour satisfaire l'attente de nos lecteurs, je mets ma priorité sur City Hall, avec les tomes 4, 5 et 6 en vue, une nouvelle enquête que nous avons concocté avec amour, avec tous les ingrédients que vous avez apprécié : de l'aventure dynamique, des fausses-pistes à déjouer, un zeste d'humour, et surtout un retournement de situation final... espérons que celui-ci fonctionne autant que celui du tome 3 !

Rémi : La suite de City Hall bien entendu, une nouvelle enquête en trois volumes. Une petite surprise qui concerne City Hall, toujours en compagnie de Guillaume évidemment et qui verra le jour très prochainement. Pinkerton, un western assez bourru dont le tome 1 est sorti en janvier chez Glénat, le deuxième est encours d'écriture et touche à sa fin ! Et puis deux autres projets mais nous en parlerons plus tard.


Y a-t-il un moyen pour vous suivre au quotidien ?

Guillaume : il existe un blog sur City Hall, mais qui n'est pas régulièrement mis à jour. Je dois avouer que je suis davantage sur facebook. Je poste pas mal de dessins en cours, je partage ce que j'aime et surtout on s'amuse bien, alors si le coeur vous en dis, c'est ici que ça se passe !
http://www.facebook.com/pages/Guillaume-Lapeyre/142898829105200

Rémi : Le mieux est d'aller sur Facebook est de nous demander tous les deux, Guillaume et moi, en ami et le tour est joué !

Merci et à très bientôt !

 


CHRONIQUE  

Approchez ! Approchez !

Venez découvrir un spectacle fantastique! Dans un monde où l'écrit est source de magie : celui de la création, où l'homme créant des êtres à son image, pour mieux le servir, dût les combattre dans un terrible conflit, une Grande Guerre à nulle autre pareille, qui faillit voir l'extinction de l'espèce humaine.

A la suite de cela, toutes les mémoires furent effacées et le papier fût détruit... A la place survint l'écrit numérique !

Mais quelques personnes savent ce qui s'est passé, et aujourd'hui, à l'heure où un ennemi masqué et insaisissable se joue de tout, le maire de City Hall décide de faire appel à une fine équipe : suivez les exploits de Jules Verne, écrivain de romans numériques surdoué ! Applaudissez son assistant au flair et à l'intelligence surhumaine, le brillant Arthur Conan Doyle et admirez la redoutable Amélie Earhart, venue de la lointaine Amérique afin d'aider ces gentlemen. Ensemble, il traqueront Black Fowley et ses séides, accompagnés de compagnons tous plus surprenants les uns que les autres. Alors, prêts pour l'Aventure ?

 

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