Rencontre avec Yves Schlirf, Directeur general de Kana

Rencontre avec Yves Schlirf, directeur généralde Kana.


Bonjour Yves Schlirf, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre travail au sein de Kana ?

J’ai surfé sur la vague des fanzines consacrés à la BD en éditant le mien, Tip-Top dans les années 1960 ce qui m’a permis de rentrer en contact avec de nombreux scénaristes et dessinateurs.  Finalement ne sachant ni très bien dessiner ni écrire des scénarios, j’ai tenté de trouver ma place dans le monde de la BD. J’ai alors monté Schlirf Book, une librairie  spécialisée en BD, la première du genre à Bruxelles, qui est devenue un lieu mythique depuis. Pour l’animer, j’ai créé les premiers ex-libris d’albums dans les années 80. Le business tournait bien mais je ne voulais pas me contenter de vendre des albums, je voulais également en créer ! Du coup je me suis lancé dans l’édition : sous le label Crocodile, j’ai  édité Monsieur Bonhomme de Marc Wasterlain, j’ai travaillé avec André Geerts, Claude Renard. En 1986, Crocodile édite notamment Et Franquin créa la gaffe  de Numa Sadoul. Avec Bidouille Edition (personnages bien connu de Bernard Yslaire), j’ai édité Huit mois dans l’enfer des hauts de pages tirés du Journal Spirou (1981) de Yann et Conrad. Sous le label Schlirf Book, j’ai édité Le Mystère d’Urbicande  (1985) de François Schuiten, Benoît Peeters et Thierry Smolderen, Parapsychologie (1983), un portfolio, Les Carnets volés du Major de Moebius et Smolderen. Avec Gilou Editions, j’ai édité Images de Chine de Milton Caniff et Thierry Smolderen. Tout en étant libraire, j’ai été engagé par Jean Van Hamme, fidèle client de ma librairie mais surtout Directeur Général des éditions Dupuis fraîchement nommé pour travailler au service marketing. Puis Claude de Saint-Vincent, Directeur Général de Média Participations, m’a ensuite engagé comme directeur éditorial de Dargaud Benelux où j’ai créé en 1997, Kana, la maison d’édition dévouée aux mangas. En 2002, j’ai cédé mon commerce.

Aujourd’hui je suis le directeur éditorial de Dargaud Benelux ainsi que le directeur général des éditions Kana. Et l’on me considère comme l’un des pères d’importation du manga en Europe, ce qui me remplit de fierté.

Depuis 2009, je suis également devenu le directeur éditorial des Editions Blake et Mortimer, je me suis occupé du tome 19 La Malédiction des Trente Deniers.

Tout d'abord quand, comment et pourquoi Kana a décidé de traduire Zipang ?

Zipang a démarré en 2005 chez Kana. C'est une série que nous avons repérée dans le magazine Morning. C'est une série d'un auteur majeur au Japon et qui aborde un sujet historique qui appelle à de nombreux débats. Il nous semblait donc important de l'éditer.

Avez-vous traduit littéralement l'œuvre telle qu'elle est sortie au Japon ou avez-vous décidé, de votre propre chef, de rajouter des bonus (interviews, dossiers, etc.) pour le lectorat français ?

C'est quelque chose qui se fait en bonne entente avec le traducteur qui nous suggère parfois un dossier explicatif à ajouter. Après ça, il nous faut l'autorisation de l'éditeur Japonais qui doit valider ce dossier. Ce qu'il fait parfois et parfois non. Quand nous en avons la possibilité nous le faisons, mais ce n'est pas de notre seule volonté.

Comment se passe la négociation auprès de l'éditeur japonais par rapport à l’œuvre ?

Cela se passe de la manière traditionnelle. Nous signalons notre intérêt à l'éditeur qui nous répond si le titre est libre ou pas. S'il est libre nous faisons alors une offre financière qui est  acceptée ou refusée.

Comment se passe la recherche d'un traducteur, son choix puis le suivi de son travail ?

Nous travaillons avec plusieurs traducteurs. Nous choisissons le traducteur qui nous semble le plus approprié pour ce type de récit ou bien un traducteur se porte volontaire car il connaît bien l'auteur, la série ou le sujet abordé par l'auteur.
Cela se fait en bonne entente, c'est une synergie avec le ou les traducteurs.

Pourriez-vous nous parler du travail de communication fait autour de cette série (pubs et autres) ?

Zipang a été lancé dans le cadre d'un nouveau seinen de notre catalogue. Il a alors été placé dans divers opérations que nous faisions autour du seinen et, bien entendu, nous avons axé notre communication sur l'aspect historique à travers différents magazines concernés par ce sujet mais aussi au travers de partenariats avec différents sites internet, des magazines mangas avec qui nous travaillons régulièrement pour tous nos titres Kana.

Bien entendu, notre attachée de presse avait également réalisé un dossier de presse à destination des journalistes.

Pourriez-vous nous expliquer le rythme de parution quelque peu chaotique ces dernières années ? Zipang 2Cela a t-il un rapport avec l'évolution du marché du manga en France ? La difficulté à relancer l'attention du lectorat sur une série fleuve et dont le scénario demande une attention soutenue ?

Effectivement, on a fait une programmation en fonction de cette série, qui est très longue et qui n'a pas atteint les objectifs fixés. On a essayé un rythme plus lent pour permettre aux lecteurs de ne pas être obligés de suivre la série au jour le jour. Puis on a essayé de grouper les sorties des volumes pour essayer de terminer la série plus vite. Toutes ces tentatives ont été faites également pour fidéliser le public qui reste. Il est parfois difficile de trouver la bonne manière. Le principal reste pour nous notre volonté d'aller jusqu'au bout de la série pour ne pas laisser les lecteurs au milieu du chemin. Après ça, on s'adapte en fonction de notre planning, des envies des lecteurs, de nos possibilités financières.

Par rapport à la carrière de Kawaguchi,  que ce soit en tant qu'auteur/ dessinateur, où il s'intéresse essentiellement à des thèmes géopolitiques, ou en tant  que dessinateur, il est amené à travailler avec un autre auteur, et alors semble préférer des polars, des "tranches de vie", faut-il y voir une évolution ou un besoin de diversifier son œuvre en tant que mangaka ?

C'est une question à poser à l'auteur plus qu'à moi. Le problème c'est que nous avons rarement un contact direct avec les auteurs pour savoir comment ils gèrent leur carrière. Généralement c'est un mélange de volonté de la part de l'auteur et de l'éditeur. Plus les séries d'un auteur marchent plus il peut faire ce qu'il veut. Je n'en sais pas plus.

Nous n'irons pas jusqu'à dire que l'œuvre de Kaiji Kawaguchi est quelque peu "maudite" en France, mais certaines de ces séries ont subi certains aléas :

 - Abandon de la série Eagle (11 tomes) par les éditions J'ai Lu (8 tomes parus) en mai 2006 alors qu'il ne restait que 3 tomes, cette série sera reprise et terminée par les éditions Casterman de Mars 2008 à Avril 2009. Cette excellente série de politique-fiction est sa meilleure œuvre de nos jours et reste d'une troublante actualité.

 - La série Spirit of the Sun, dont la première saison de 17 tomes a été traduite chez Tonkam qui, au vu des ventes, s'est abstenu de traduire la seconde saison (9 tomes, série complète au Japon). En outre, cette série n'est plus commercialisée en France.

 - La série Seizon Life chez Panini Manga (3 tomes, complète) où il officie en tant que dessinateur et qui, elle aussi, n'est plus commercialisée en France.

Alors a t-on une chance de voir d'autres séries de cet auteur en France (Je songe notamment à l'une de ses dernières en date, Je suis un Beatles, où il officie comme dessinateur) ?

Tout d'abord je veux dire que Zipang est une série de grande qualité, tant au niveau du scénario que du dessin. Certes, quand on fait des choses plus originales, il est parfois plus difficile de trouver un large public.
Peut-être que son dessin est moins grand public, moins "européen". Il est toujours difficile d'expliquer pourquoi un auteur fonctionne ou pas sur le marché.
Nous allons d'abord finir la publication de Zipang avant de sortir une autre série de Kaiji Kawaguchi. Au sujet de "Je suis un Beatles", je sais qu'il y a des problèmes de droits qui compliquent aussi sa publication en France.

Merci beaucoup !

Propos recueillis par BC

2017  uchronews   globbers joomla templates