Rencontre avec Fabien Nabhan, traducteur de Jin

Rencontre avec Fabien Nabhan, Traducteur de la série Jin aux Editions Tonkam.


Bonjour Fabien, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs, nous parler de ton parcours scolaire et professionnel, et de ton travail de traducteur ?

Bonjour. Je m'appelle Fabien Nabhan, j'ai 31 ans et je traduis plus ou moins régulièrement depuis plus d'une dizaine d'années. A la sortie du lycée, mon Bac S en poche et heureux d'en finir avec le système scolaire "obligatoire", j'ai pu intégrer la section japonais de l'INALCO pour pouvoir enfin faire ce qui me plaisait. J'ai commencé à apprendre le japonais dès le collège, en 4ème, en autodidacte (souvent pendant les cours d'espagnols - j'en profite pour faire un coucou à mon bien aimé professeur d'Espagnol de l'époque ^-^) et j'ai aussi eu la chance, dès mes 17 ans, de pouvoir partir plusieurs fois par an au Japon et apprendre véritablement la langue ainsi. C'est pour ça qu'une fois arrivé à la fac, je parlais et lisais déjà le japonais couramment, ce qui m'a permis d'obtenir assez facilement mes diplômes jusqu'à la maîtrise.


Entre temps, j'ai pris une année sabbatique lors de ma seconde année à la fac, pour aller travailler un an au Japon grâce au visa vacance-travail. A mon retour, tout en continuant mes études, j'ai intégré un groupe de presse et travaillé comme pigiste pour plusieurs de leurs magazines de jeux vidéo, spécialisé dans l'actualité japonaise. C'est à partir de cette époque - 2002 - que j'ai commencé à embrasser le travail de traducteur, en traduisant pour moi et mes collègues communiqués de presse, textes de jeux et toutes sortes de news de magazines japonais. Je m'occupais également des interviews de créateurs japonais. Ça a continué durant de longues années, jusqu'à ce que je comprenne que le métier de traducteur pouvait m'apporter beaucoup de bonnes choses, comme la possibilité de travailler à mon compte (et donc de chez moi) et de manière plus aisée financièrement.

C'est en 2010 qu'un ami me présente à Pascal Lafine, le directeur éditorial de Tonkam, qui cherchait à ce moment-là en urgence un traducteur pour le roman Gantz Minus. Ma traduction s'étant bien passée, ils ont décidé de continuer à travailler avec moi pour plusieurs de leurs mangas, dont Jin. Mis à part cela, j'ai aussi eu de nombreuses expériences de traduction et missions d'interprétariat dans divers types d'industries.

Comment se passe justement ce métier ? Comment travailles-tu ? Est-ce toi qui va vers l’éditeur avec des projets éventuels ou lui qui te contacte et te demande si tu es intéressé par telle ou telle série ?

Ma méthode de travail est assez simple, voire logique je dirais. Il faut d'abord (autant que possible) lire tous les tomes disponibles en VO, histoire de bien s'imprégner de l'intrigue. Après ça, on peut parfois avoir besoin d'une seconde lecture ou de faire des recherches (lorsque du vocabulaire très technique ou historique est présent, comme dans Jin par exemple), mais on passe généralement directement à la traduction. Lors de la première lecture, il faut annoter tous les textes du manga pour que la personne en charge de la mise en page sache dans quelle bulle mettre les textes que je traduis. Et enfin, on se met à la traduction. Connaissant mon emploi du temps et la date de remise du travail, je me donne un nombre de pages minimum à traduire par jour pour pouvoir m'assurer de rendre le travail en temps et en heure.

Concernant le choix des mangas, c'est l'éditeur qui le définit. L'obtention des droits n'est pas toujours facile, donc il serait très difficile de pouvoir faire valider l'un de ses choix. Mais à une époque, qui doit probablement être révolue, il arrivait parfois que certains traducteurs arrivent avec des mangas et les recommandent aux éditeurs. Ce n'est en tout cas pas mon cas, mais je suis très bon public et pas du genre à me plaindre des propositions de séries qui me sont faites (shônen, shôjo, seinen, etc...).
 
En ce qui concerne Jin, comment et pourquoi as-tu choisi cette série. Peux-tu nous expliquer point par point ta méthode de travail, les différentes étapes avec l'éditeur et le nombre de séries sur lequel tu travailles en même temps ?

Jin s'est en fait imposé de lui-même car son traducteur attitré (jusqu'au 14ème tome) n'avait plus le temps de s'en occuper. Il faut dire que c'est un manga qui demande énormément de recherches, historiques comme médicales, et lorsque l'on est déjà très occupé sur différents projets, ce manga est très difficile à gérer. Mais j'ai très rapidement accepté la proposition de le reprendre car il est extrêmement intéressant culturellement parlant. Etant un grand fan de l'histoire du Japon, je n'avais pas vraiment de raison de me défiler, même si le travail effectué par le précédent traducteur était de haute-volée et ne rendait pas ma tâche facile. Il fallait vraiment être sûr de pouvoir rendre une traduction de niveau équivalente, sans en plus dénaturer le "style" d'écriture pour que le lecteur ne ressente pas le changement de plume. Il n'y a donc pas eu de pourparlers pour le choix d'un manga. Il faut néanmoins savoir être honnête avec l'éditeur et lui dire si le niveau de langue est potentiellement trop dur ou non lorsqu'il vous propose un manga à traduire.
Quant au nombre de séries sur lesquelles je travaille en ce moment, il était encore tout récemment de 5. Mais une d’entre elles venant tout juste de se terminer, il ne m'en reste plus que 4 actuellement.
Concernant ma méthode de travail, il n'y a pas grand chose à rajouter par rapport à ce que j'ai déjà expliqué dans la question précédente. Ce qu'il faut noter principalement c'est qu'il y a souvent des recherches à faire au-delà de la lecture d'une série qu'on prend en charge. Je me suis par exemple occupé l'année dernière de la série Hikari no Densetsu (Cynthia ou le rythme de la vie en VF) qui a pour particularité de traiter de la gymnastique rythmique. Or, je n'y connaissais rien. De fait, j'ai dû me documenter de façon conséquente avant et pendant la traduction de la série pour comprendre les spécificités du règlement, et principalement les différences entre le règlement qui existait à l'époque de ce manga (le milieu des années 80) et celui d'aujourd'hui. Tout ceci pour pouvoir agrémenter le texte de quelques notes explicatives, sans quoi le jeune amateur s'y perdrait. Il faut donc faire preuve d'une certaine souplesse dans ce métier, et surtout d'ouverture d'esprit, sans quoi vos traductions pourraient très vite s'avérer fades.

Avant Jin y avait-il des séries mettant en scène le voyage dans le temps et/ou l'uchronie qui t'ont marqué (tout support confondu) ? Penses-tu retravailler sur des séries exploitant la même thématique (pour les séries uchroniques, en France nous avons Zipang et le Pavillon des Hommes, chez Kana; Ikigami, préavis de mort chez Kaze; et je dois en oublier...)

Je n'en ai pas tant que ça en fait. Il y a bien, comme tu le cites, Zipang de Kaiji Kawaguchi qui est excellent, même si je n'ai toujours pas eu le temps d'en finir la lecture (il doit y avoir plus d'une quarantaine de volumes au Japon). Il y a aussi certains jeux vidéo comme Valkyria Chronicles de Sega ou le très vieux mais non moins excellent Tengai Makyô (Far East of Eden en occident) qui m'a vraiment marqué pour son mélange d'humour et de vieilles légendes japonaises. Je n'ai malheureusement pas eu grand chose d'autre à lire/jouer sur le sujet récemment. Mais avec un peu plus de temps de réflexion, je pourrais probablement me souvenir d'anciennes lectures qui doivent m'échapper à moi aussi.

Merci pour ce bref aperçu d’un métier prenant et qui nous permet de revenir sur cette superbe série qu’est JIN ! A un de ces jours !

Propos recueillis par BC

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