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Rencontre avec Lasser, Detective des Dieux


Quel est le lien entre un détective privé à la Philippe Marlowe (Raymond Chandler inside), un monde très 30's et des divinités antiques continuant à interagir avec le monde des mortels ? Un humour ravageur ! Asseyez-vous au comptoir afin de pouvoir déguster ce cocktail uchronique sans modération.

La seule référence uchronique qui me soit revenu en mémoire en lisant les aventures de Lasser fut celle de Lord Darcy, enquêteur pour le compte de Jean IV, Empereur-Roi de France, d'Angleterre et des Deux Amériques. Dans son monde, la magie fonctionne et a supplanté la technologie. Darcy mène des enquêtes holmésiennes, fort bien écrites, et qui se laissent toujours lire avec plaisir. [Randall GARRET, 1/ Tous des Magiciens, roman.  2/ C'est dans les yeux, Recueil de nouvelles. Plus d'infos ici]

Les enquêtes de Lasser possèdent, pour leur part, un humour ravageur et omniprésent, et une ambiance et des personnages hauts en couleur. tout cela fait que vous obtenez une uchronie très plaisante à lire et qui donne le sourire aux lèvres.

Afin de mieux vous faire découvrir cet univers riche et particulier nous sommes allés à la rencontre des auteurs, de l'illustrateur des couvertures et du directeur éditorial.

Bonne lecture !

 



Sylvie Miller et Philippe Ward

Bonjour Philippe, Bonjour Sylvie, pour commencer pouvez-vous présenter et nous parler de votre quotidien ?

Philippe : Bonjour, j’ai 55 ans, cela fait plus de quarante ans que je lis, j’ai commencé par oui-oui, le club des 5, Bob Morane puis la SF, le fantastique, la Fantasy, le polar. J’écris depuis une vingtaine d’années, pour le plaisir, une dizaine de romans, une trentaine de nouvelles, en solo ou en duo mais toujours par passion. Mon quotidien, c’est de 7 h 30 à 17 h 30, le travail à la mairie de Pamiers comme responsable informatique. Loin de l’édition, loin de l’écriture. Vers 17 h 30, c’est souvent la poste – où j’apprends la patience – pour envoyer les enveloppes et les paquets des commandes d’ouvrages Rivière Blanche. Ensuite c’est la maison avec la gestion de Rivière Blanche (enveloppes, tenue des comptes, travail sur les romans, services de presse). Et quand j’ai le temps, c’est l’écriture. Après, le soir, c’est repos et lecture. Voilà une de mes journées types. L’écriture c’est surtout le week-end et un peu chaque soir, je ne me force jamais, j’écris quand cela vient. Pour les aventures de Lasser c’est du pur bonheur, alors je n’ai aucun problème pour l’écriture. Et puis écrire à quatre mains les aventures de Lasser c’est motivant.  On prend véritablement du plaisir à échanger, à écrire et même à lire.

Sylvie : Bonjour. Moi, je ne dirai pas mon âge. RIRES Comme Philippe, je lis depuis très longtemps et j’adore ça. Gamine, c’était le club des 5, mais aussi, peu à peu, les classiques de la littérature. La SFFF, je suis tombée dedans lorsque j’étais adolescente, mais par le côté anglo-saxon. J’allais régulièrement à Londres où je m’approvisionnais en bouquins (en anglais, évidemment). J’ai ainsi lu quasiment tout Asimov, tous les Tolkien, et énormément d’autres auteurs (Marion Zimmer Bradley, Stephen R. Donaldson, Mercedes Lackey, Fred Saberhagen, Piers Anthony, David Eddings, Terry Pratchett, Margaret Weis & Tracy Hickman, Brian Aldiss, Poul Anderson, Robert Silverberg, Roger Zelazny…). Je les achetais au moment de leur sortie et je les lisais avant leur parution en France. Une fois, j’ai tenté, il y a bien longtemps, de lire une traduction (un roman de Steven Donaldson). C’était tellement médiocre que cela m’a vaccinée ! Je suis retournée à mes lectures en VO et j’en ai profité pour attaquer la littérature de SF hispanique et le réalisme magique sud-américain (en espagnol, bien sûr). Dieu merci, le niveau des traductions a bien évolué depuis lors et nous avons aujourd’hui des traducteurs de grande qualité dans le domaine SF qui font un boulot remarquable. Sinon, dans la « vraie » vie, j’exerce le métier d’enseignante. Mon quotidien n’est pas figé. Il se partage entre mes cours (à l’IUT, à la fac ou à l’IUFM), une direction d’études à l’IUT, des traductions et l’écriture. Je n’ai pas de planning type. Toutefois, de façon générale, les activités littéraires sont plus concentrées sur les congés scolaires (qui me laissent un peu plus de temps, même si les activités d’enseignement y tiennent une bonne place). De même, il n’y a pas de scission nette entre le travail et la maison, comme dans le cas de Philippe. Le soir, je suis toujours le nez dans les préparations de cours, les corrections de partiels… Donc j’écris ou je traduis quand mon métier principal me laisse un moment.

Qu’est-ce qui vous a motivé à travailler ensemble, comment vous organisez-vous ?

Philippe : Cela remonte à une dizaine d’années, de nos passions pour le polar, l’Égypte et la Fantasy. Nous voulions écrire un polar, écrire un roman sur l’Égypte et écrire de la Fantasy. En discutant, nous avons réalisé que nous pouvions grouper les trois pour écrire une histoire. Nous avons commencé par une nouvelle, Pas de pitié pour les pachas, qui a été acceptée par la revue Faeries et les retours des lecteurs ont été tels qu’ils voulaient d’autres histoires.

De notre côté, nous avions pris énormément de plaisir à écrire cette nouvelle et nous étions frustrés d’avoir créé tout ce monde pour un seul texte. Donc nous nous sommes dits : « On continue l’aventure ». Il y a eu deux autres nouvelles. Et puis la frustration était toujours là. Nous nous sommes lancés dans Un Privé sur le Nil, et puis dans le tome 2, Mariage à l’égyptienne. Actuellement, nous travaillons sur le tome 3. Nous avons même des idées pour les tomes 4 & 5. Vu que Sylvie habite la région parisienne et moi les Pyrénées, internet est notre ami. Mais dans un premier temps nous élaborons le scénario en face à face. Cela commence toujours par des séances de brainstorming quand nous nous retrouvons pour aller à un salon ou en dédicace quelque part. Dans la voiture, nous lançons les idées, nous tâtonnons, nous prenons des notes. Et ensuite nous écrivons le scénario le plus détaillé possible. À deux, nous ne pouvons pas trop partir à l’aventure, nous avons besoin d’un plan solide. Après, nous nous partageons les chapitres et certaines parties de chapitres et nous écrivons le premier jet en respectant le scénario. S’ensuit un va et vient des fichiers ou chacun reprend le texte. Ce qui fait qu’à la fin, nous ne savons pas qui a écrit quoi. Il faut savoir mettre son égo dans la poche et accepter les critiques de l’autre et – ce qui est peut-être aussi difficile – adresser des critiques à l’autre. Mais cela fonctionne bien. Nous avons trouvé notre rythme de croisière, en quelque sorte. Ce qui nous ralentit, malheureusement, c’est le manque de disponibilité, chacun de nous ayant une activité qui est dévoreuse de temps et d’énergie.

Sylvie : Philippe a la mémoire courte… RIRES. Nos premiers contacts se sont faits dans les années 90, lorsque les premiers « salons de discussion » se mettaient en place sur internet. À l’époque, il animait un salon SF sur aol, tous les vendredis soirs. Les gens y discutaient de SF, partageaient leurs impressions de lecture. Philippe donnait des conseils et parlait de son travail d’écrivain (il avait déjà publié deux romans). Lorsque j’ai dit que je ne lisais qu’en langue étrangère et que j’ignorais même qu’il existât une SF francophone, tout le monde a bondi ! Philippe s’est empressé de me constituer une liste de lecture d’urgence pour combler mes lacunes. Et nous avons parlé écriture. J’avais l’habitude de griffonner des tas de choses, mais pas sérieusement. Toutefois, j’avais envie de prendre la plume. J’ai parlé d’une idée de nouvelle, mais je ne me sentais pas capable de m’y atteler seule. Philippe a proposé de co-écrire avec moi pour me mettre le pied à l’étrier. Nous ne savions pas si nous réussirions à sortir quelque chose de bien, mais nous avons tenté le coup. En est sorti notre premier texte commun, Le mur, paru en 2000, qui a beaucoup plu aux lecteurs. Nous avons tellement apprécié ce travail ensemble que nous avons enchaîné sur un roman, Le chant de Montségur, paru en 2001. Ensuite, nous avons poursuivi la collaboration en travaillant sur des nouvelles, comme, entre autres, celles liées à Lasser qui nous ont ramenés vers le format du roman.

Quelle est l’histoire de Lasser, le détective des dieux et de son monde ?

Philippe : C’est un mélange de Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et du Faucon maltais. C’est un monde uchronique, les années 30 en Égypte, avec les pharaons qui gouvernent le pays et surtout les dieux qui existent vraiment. Lasser est le type même du détective privé des années 30, un peu désabusé, amateur de whisky, mais qui se bat chaque fois pour résoudre les affaires. De toute façon il n’a plus le choix, les dieux ne le lâcheraient pas. Nous nous appuyons sur la réalité à partir des cartes postales, des guides des années 30, des ouvrages d’époque, des récits de voyageurs, des ouvrages concernant les voitures, les avions. Tout un travail de recherche comme pour les horaires de train ou les temps de trajets à l’époque. Pour les dieux, nous avons aussi gardé leurs caractéristiques, leurs petites histoires. Et ensuite il a fallu inventer un nouveau monde, avec un pharaon comme dirigeant, imaginer les relations entre les dieux et les humains. Nous avons voulu présenter un monde différend mais logique. Cela s’est fait avec de la documentation et notre imagination. Tout en restant dans une logique d’un monde réel qui aurait pu exister. Dans le tome 1, c’est l’Égypte et la Nubie, dans le 2 on va entraîner le lecteur à Babylone et en Grèce, dans le tome 3 ce sera le bassin méditerranéen et ainsi de suite. Notre ambition est d’explorer tous les royaumes antiques. D’ailleurs dans le tome 2, il y a la présence d’une princesse inca.

Sylvie : Philippe a assez bien résumé les choses. Lasser est un détective un peu paumé, le type même du loser, qui va se retrouver dépassé par les événements. Il quitte la Gaule pour fuir une situation scabreuse et croit se retrouver tranquille en Égypte. Sa vie pénarde – et minable – bascule le jour où Isis débarque dans son bar pour lui confier une enquête. Il est entraîné dans une suite d’aventures ébouriffantes et finit par devenir le détective officiel des dieux égyptiens. Mais, dans le même temps, il va évoluer : les enquêtes qu’il mène pour les dieux le conduisent à rencontrer des personnages hauts en couleur qui vont le changer. L’un des intérêts des romans, c’est le monde que nous avons construit et tous ses personnages secondaires (le sont-ils tant que ça, d’ailleurs ?). Nous voulions absolument parler d’Égypte antique, de polar et de Fantasy. Mais il nous fallait tout de même un peu de modernisme, sans toutefois arriver à l’époque actuelle où les médias et le rationalisme du progrès n’auraient pas permis que la présence des dieux soit vraiment crédible. D’où le choix de cette période du XXème siècle, dans les années 30, déjà dépaysante par elle-même pour le lecteur, conjuguée à la survivance d’une forme de monde antique.

Voici quelques mots emblématiques par rapport à ce roman, pouvez-vous réagir par rapport à ceux-ci :

Cycle

Philippe : Lasser étant devenu le détective des dieux il va se retrouver à mener des enquêtes pour toutes les divinités de la création, si je puis dire, c’est un cycle mais avec des aventures indépendantes. Nous sommes partis sur 4 romans et qui sait….

Sylvie : Effectivement, comme le dit Philippe, lorsque nous avons eu l’idée de base de Lasser (un détective des années 30 dans un monde uchronique apparenté à l’Antiquité), nous avons immédiatement pensé que les enquêtes pouvaient se décliner en de multiples aventures. Mais j’ignore si le terme de « cycle » est bien adapté. Nous envisageons plutôt les aventures de Lasser comme une série à épisodes multiples, pas nécessairement reliés entre eux. Mais nous verrons comment tout cela va évoluer.

Mythologie et Divinités Païennes

Philippe : Pour faire simple, toutes les divinités, nous avons commencé avec les divinités égyptiennes, puis nous sommes passés avec les grecques, il y a les dieux gaulois, babyloniens qui apparaissent et ce n’est qu’un début. Le monde des dieux est un sujet inépuisable dans lequel nous faisons nos « courses » tout en respectant la mythologie.

Sylvie : L’univers que nous avons créé, dans la mesure où il est uchronique, nous permet toutes les exploitations possibles. Nous pouvons donc jouer sur toutes sortes de mythologies. Pour l’heure, nous abordons les plus connues, en commençant par la mythologie égyptienne ou la mythologie grecque. Mais rien n’exclue que nous allions chercher du côté de dieux plus mineurs ou de divinités païennes.

Personnages (principaux et secondaires) et clins d’œil à la Science-fiction Française

Philippe : Alors là ce sont les personnages secondaires les plus intéressants. Il y a le taureau sacré Hâpy 13ème du nom. Je pense que certains ont reconnu d’où vient ce nom, pour les autres, envoyez-moi un courriel et vous comprendrez… Nous avons aussi un chat, Ouabou, que l’on va retrouver dans les aventures. Et Fazimel, la fidèle assistante de Lasser, va prendre de l’importance. Elle a déjà pleinement partitipé à une enquête dans une nouvelle, Voir Pompéi et mourir (dans l'anthologie Fragments d’une fantasy antique, parue chez Mnémos). Dans un prochain roman, elle jouera un rôle majeur. Pour les autres personnages, on va les retrouver pratiquement tous dans le tome 2 et 3. Et puis de nouveaux personnages vont débarquer. Mais je n’en dis pas davantage… En ce qui concerne les clins d’œil au milieu de la SF, il y en a effectivement un certain nombre. Outre Hâpy 13, il y a bien entendu Fazimel, et un célèbre universitaire nubien, U-Laga M’Ba. Et puis il y a aussi l’ODSS, l’Ordre des Dieux du Sous-Sol…

Sylvie : Les personnages, c’est ce qui fait l’une des forces de l’univers de Lasser. Ils sont hauts en couleur. Avec un univers tel que le nôtre, nous n’avions aucune barrière, nous pouvions tout imaginer. Du coup, on retrouve, en vrac, des créatures diverses (un indic sphinx, un homme-taureau propriétaire de boîte de nuit, un chat qui parle, un taureau ailé…) et des dieux aux caractères forts. En ce qui concerne ces derniers, nous nous sommes demandé comment ils se comporteraient s’ils évoluaient parmi les hommes au XXème siècle. Il nous a paru évident qu’ils seraient des « people » à l’ego démesuré, imbus d’eux-mêmes, désireux de parader devant les humains dans des belles voitures.

Pulp

Philippe : Moi je suis fan de pulps. J’ai quelques exemplaires de Weird Tales, par exemple, et je suis un grand lecteur de tous les romans ou nouvelles de cette époque, avec une préférence pour Hammet et Chandler par exemple. Et nous avons voulu retrouver les aspects de cette époque avec Lasser mais dans un cadre différent : celui de l’Egypte et des autres civilisations antiques.

Sylvie : Là, je n’ai pas grand-chose à ajouter. C’est surtout Philippe qui est amateur de pulps, et plus spécialiste que moi. Bien sûr, j’aime beaucoup Hammet et Chandler, ainsi que les polars de cette époque, et je suis amatrice de romans populaires. Mais j’ai des lectures très variées qui ont sans doute alimenté mon imaginaire.

Voitures

Philippe : Là, c’est le domaine de Sylvie : je n’y connais rien en voitures. Et c’est amusant parce qu’un jour un lecteur nous a dit : « Moi, j’ai vu les passages de Philippe, par exemple les descriptions de voiture, c’est Philippe ! » Eh bien, non….

Sylvie : Ah ah ! Effectivement, j’ai des connaissances en mécanique automobile et j’adore les voitures anciennes. Donc, les voitures, c’est mon rayon. À tel point que sur la liste de discussion de traducteurs de l’imaginaire que j’ai créée il y a quelques années, sur laquelle nous échangeons nos « trucs » et posons des questions de traduction à nos collègues, je passe pour la spécialiste des « bagnoles » qui dépanne pour les problèmes de vocabulaire. Mais je n’aime pas que les voitures. J’aime tout ce qui est mécanique, comme les motos, les avions, et aussi les montgolfières, les bateaux… Tous les véhicules, en fait. Et la technologie. En SF, par exemple, j’adore les vaisseaux spatiaux.

Uchronie

Philippe : La première fois que j’ai entendu parler d’uchronie, c’était dans le sketch de Roger Pierre et Jean-Marc Thibaud, Les nordistes et les sudistes, avec la fameuse phrase : « Ah si nous les sudistes nous avions été plus nombreux… » Lasser, dans une Égypte normale, aurait été un privé comme les autres. Placé dans une Egypte des années 30 avec des pharaons et des dieux, cela donnait assurément un plus à nos intrigues.

Sylvie : L’uchronie est une forme de récit que je trouve passionnante, même si j’en lis relativement peu. Sans doute parce que j’ai tant de livres dans ma pile de lecture que je ne prends pas la peine d’aller chercher d’autres ouvrages… Et pourtant, j’aime l’histoire et les histoires alternatives !

Quel est votre rapport à l’uchronie, en tant que lecteur et qu’auteur ?

Philippe : J’aime lire des uchronies et voir comment des auteurs ont pu imaginer un autre monde. Le fameux Et si… En tant qu’auteur, c’est très délicat car il ne faut pas se tromper et penser à tout.

Sylvie : En tant que lectrice, ce que j’aime dans l’uchronie, c’est le fameux Et si…, comme le dit Philippe. J’aime explorer ces mondes alternatifs que les écrivains nous offrent, et leur vision d’autres présents. En tant qu’auteur, j’aime voir comment ils ont élaboré ces mondes. Le plus difficile, c’est d’arriver à construire un présent issu d’une ligne temporelle alternative et que l’ensemble tienne la route. Il faut penser au moindre détail. Et dans Lasser, nous en avons laissé échapper certains, j’en ai conscience. L’exercice est loin d’être simple…

Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets ?

Philippe : Pour l’instant, je travaille avec Sylvie sur le tome 3 des aventures de Lasser : nous finalisons le scénario et nous nous lançons dans l’écriture. Il devrait sortir en 2014. De mon côté, en juillet, il y aura la sortie du tome 2 du Glaive de justice (les aventures de Xavi El Valent chez Rivière Blanche) et aussi un petit ouvrage sur Manhattan avec des photos de mon fils et une nouvelle inédite.

Sylvie : Effectivement, il y a le travail sur la suite de Lasser qui nous occupe bien, Philippe et moi. En solo, j’ai plusieurs écrits en préparation. Un Dimension Cuba chez Rivière Blanche qui se construit petit à petit, un projet de roman qui avance très doucement, et tout un tas d’idées. Mais mon problème majeur, c’est le temps. Mon activité professionnelle est très prenante et me laisse peu de créneaux pour l’écriture. Pour l’instant, ils sont essentiellement consacrés à Lasser.

Y a-t-il un moyen de vous suivre au quotidien ?

Philippe : Il y a la page Facebook de Jean-Philippe Lasser où nous mettons les dernières infos au jour le jour. Et puis le site internet consacré à l’univers de Lasser (htpp://lasserdetective.fr) où nous ajoutons des informations comme la présentation des dieux, des descriptions des voitures, les recettes de cuisine, les personnages, les critiques des livres, nos dédicaces… C’est un plus qui accompagne les aventures de Jean-Philippe Lasser. Sans parler de nos pages Facebook.

Sylvie : Philippe oublie de dire qu’il a également un site internet (www.ward.noirduo.fr) sur lequel on trouve son actualité et d’autres informations. De mon côté, il faut absolument que je trouve le temps d’élaborer mon propre site, en plus de ma page Facebook. Pour le moment, je travaille sur celui consacré à Lasser, qu’il faut continuer d’alimenter. On y trouve notamment les dédicaces à venir pour la série de romans (notre actu du moment).

 


 


Ronan Toulhoat


Bonjour Ronan, peux-tu te présenter et nous parler de ton métier d’illustrateur et de dessinateur ?

Hello ! J'ai 28 ans (et demi, oui quand on approche de 30 ans, bizarrement on fait attention aux quart demi, afin de retarder l'échéance au maximum), je suis illustrateur / graphiste / storyboarder à mon compte depuis maintenant 4 ans.

Je dessine et j'y suis encouragé depuis tout petit. En gros, au moment où les autres gamins s'arrêtent de dessiner, moi j'ai continué. Je n'avais pas de télé à la maison, alors du coup eh bien j'inventais mes propres univers en dessin et en lego. Ceci dit je complétais ma culture Pulp / SF / Horreur / Thriller chez les copains.

Pour rassurer la famille, j'ai tout de même suivi un cursus scientifique, jusqu'à l'obtention d'un diplôme d'ingénieur, en continuant à dessiner à côté, et surtout à développer des projets de BD destinés à l'édition avec mon comparse Vincent Brugeas.

En 2008, deux évènements : j'ai mon diplôme, et, étrangement, aucun poste d'ingénieur à la clé…
L’autre nouvelle éclipse tout : nous signons notre premier contrat d'édition avec les éditions Akileos pour BLOCK 109, une uchronie très sombre sur une Seconde Guerre mondiale alternative. L’ensemble de la série doit se voir comme un hommage aux Action Movies (et à l’esprit des Comics Books) des années 80, avec un maximum d’action, et des scénarios dopés à la testostérone ! En tout cas, on s’amuse bien et le public nous suit dans nos délires, ce qui est bon signe !

Là je décide de mettre à exécution mon envie qui me titillait depuis un bon bout de temps, à savoir me mettre à mon compte pour vendre le seul savoir-faire que je possédais et en lequel j'avais confiance : le dessin.

Ça a marché !  Même si au début je n’étais clairement pas au niveau. Mais depuis 4 ans, je me fixe des objectifs de progressions toujours plus hauts qui m'aident à progresser et à faire évoluer mon dessin. Aujourd'hui mon temps de travail se partage entre la réalisation très cadencée de BDs (Chaos Team, en cours, toujours chez Akileos, deux albums de 120 pages par an), de l'illustration pour l'édition (couvertures), pour les agences de com’, et pour le plaisir : du storyboard (BD/ pub/cinéma). Depuis peu je commence à toucher au concept art afin de travailler pour le jeu vidéo et le cinéma, avec qui je commence à avoir quelques touches très intéressantes!

Peux-tu nous éclairer sur ton quotidien et le travail "sisyphien" qu’il implique ?

Ma journée de travail commence à 8h, se termine à 19h. Je commence toujours par me chauffer la main en arrivant le matin au bureau en gribouillant du nu, des machines, des animaux, etc....puis j'enchaine sur le planning en cours.

Sisyphien, pas tant que cela en fait, car mon quotidien est très variable (pas en horaire par contre), et c'est là tout le sel du métier. Le matin je peux arriver au bureau, ouvrir mes mails et découvrir une nouvelle demande émanant d’un nouveau client, forcément urgente, cela va de soi, et de fait je dois chambouler mon planning pour la caser, me réorganiser et être créatif le plus rapidement et le plus efficacement possible.

Malgré tous mes efforts je n’ai pas encore réussi à créer cette machine temporelle qui me permettrait de m’expédier mes dessins dans un passé proche…

Seul en fin de compte le travail de BD impose un rythme ultra régulier auquel je me plie avec bonne grâce car faire de la BD reste un plaisir pur et jouissif dont je ne peux me passer.

En revanche je sais que je ne pourrais en faire toute la journée, j'ai besoin de changer, de varier, de travailler sur autre chose, et c'est là que les illustrations, le concept art ou le storyboard me permettent de respirer en faisant quelque chose de différent.

D'ailleurs contrairement à ce que beaucoup pense, il n'y a pas de distinction dans mon travail et donc dans mon chiffre d'affaire entre la BD et le reste. LA BD est un contrat comme un autre, sauf que j'y ai un peu plus carte blanche :

Je ne mets et je ne mettrais jamais tous mes œufs dans le même panier : à savoir faire une seule et unique chose.

Je mets le même intérêt pour tous mes contrats, même ceux, à priori rébarbatifs, que d'autres nommeraient « travail alimentaire », peuvent apporter un angle d'attaque très intéressant.

Parle-nous de la création des couvertures de Lasser, du brouillon à l’original…
Pour Lasser j'ai procédé comme je procède tout le temps : je demande d'abord à lire les manuscrits. Cela m'aide à générer des images. A la lecture il y aura toujours une ou plusieurs images fortes qui se détacheront.

En général, j'ai toujours UNE image persistante qui s'imprime durablement dans ma tête. Mais je ne peux pas présenter à l'éditeur un seul projet de couv’. C'est pourquoi la lecture m'aide à en générer d'autres. Mais je me trompe rarement : la première idée est très souvent la bonne.

Je pose donc les idées en une série de rough (brouillons) où les grandes lignes de l'illustration sont posées (composition, lumière, mise en scène et couleurs).

J’envoie ces roughs à l'éditeur qui va en choisir une, ou qui me demandera de faire un mélange entre plusieurs.

Une fois que nous avons validé ensemble le choix final, je passe à la réalisation proprement dite.

Je travaille exclusivement en numérique : c'est à dire que je dispose d'une palette graphique CINTIQ 24HD, et de Photoshop, dans lequel j'ai customisé des brosses qui me permettent de peindre numériquement.

De fait, dans Photoshop, j'ouvre un fichier au format final d'impression, j'importe mon croquis de base, et je commence à affiner et dessiner dans le détail l'illustration.

Dans le cas particulier de Lasser, comme il y a 3 bouquins, j'ai proposé à Critic de faire une fresque, où les 3 couvertures formeraient une continuité.

Quel est ton rapport à l’uchronie, en tant que lecteur et que dessinateur ?

Je suis venu à l'uchronie avec Block 109, et grâce à Vincent. Avant qu'il ne m'explique le concept, je connaissais très mal la signification de ce mot. Ou du moins j'avais eu peu conscience de ce qu’il recouvrait. Mais depuis j'en ai lu beaucoup, et avant tout en tant que lecteur j'apprécie énormément. Mais seulement quand l'uchronie sert de contexte pour mettre en scène une bonne histoire, et non chercher un prétexte pour faire uniquement de l'uchronie.

Dans un autre style, l'uchronie qui se veut réaliste m'emmerde profondément. Une uchronie n'est pas "réaliste", puisqu'on imagine ce qui aurait pu se passer, de fait on peut tout se permettre et donner libre court au merveilleux....

Et c'est donc aussi dans cette optique que je l'aborde en tant que dessinateur. Une uchronie bien pensée permet de générer des images très fortes, de jouer sur des détournements d'images connues, etc.

Bref, de faire rêver le lecteur/spectateur, et de l'emmener dans un autre monde.

Peux-tu nous parler de tes projets, en cours et à venir ?

Alors actuellement, en BD, je suis donc sur Chaos Team, toujours avec Vincent au scénario. C’est du Post-Apo dans un futur très très proche : des Aliens sont venus et nous ont foutus une belle raclée ! Les Etats terriens ont ripostés, se sont pris un revers de bâton sévère, et la civilisation tel que nous la connaissons s’est effondrée. Les Aliens sont remontés en orbite, et les mafias ont pris le pouvoir. Dans ce joyeux monde, une entreprise de mercenariat qui loue ses hommes et ses armes au plus offrant tire son épingle de jeu. Une de ses équipes, la Chaos Team (étonnant non ?), va se rendre compte peu à peu qu'elle peut changer les choses....

Cette série comprendre 3 saisons, de deux livres chacune. Deux livres par an, et surtout, surtout, une prépublication numérique, 3 mois avant chaque sortie d'album, sur www.label-vinwatt.com et sur BDBUZZ.

Toujours avec Vincent nous projetons de faire, après Chaos Team, un thriller/western dans les bas-fonds de Londres, à la fin du XIXème siècle. Nous souhaitons mettre en scène un Londres à la fois fantasmé, fantasmagorique et steampunk et cela me botte au plus haut point !

On a également dans les cartons un "THE SHIELD" médiéval, un western napoléonien, ...bref.... on n’a pas de quoi s'ennuyer pour les 20 prochaines années ! ;o)

Sur d'autres plans, outre les orientations pro (illustration/ concept art/ storyboard) et les contrats qui vont et viennent, je me réserve toujours un peu de temps pour développer des produits persos et les vendre sur salons et autre manifestation. Je réalise des séries d'illustrations que je tire en porte-folio ou en pièce à tirages très limité. Prochainement je vais sortir une série de carnets de croquis en série très limité également, bref...je ne m'ennuie pas!

Y a-t-il un moyen de te suivre au quotidien ?

Mais tout à fait : sur Facebook, à mon nom ou en likant ma page pro : CREA'R.T. Designstudio. Ou via mon site internet qui va très prochainement (enfin vous savez ce que c’est) être refondu : www.creart-designstudio.fr

Enfin pour nos prépublications d'albums : www.label-vinwatt.com

Ou sur Facebook : label vinwatt (pour la petite histoire, vinwatt, c’est pour VINcent brugeas et ronan toulWATT)

 


 

Simon Pinel


Bonjour Simon, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Simon Pinel. Après un bac S, je me suis dirigé vers un master de lettres modernes et des métiers de l'édition. Mon projet de fin d'année était la publication du Sabre de Sang 1, premier titre du catalogue des éditions Critic. Je m’occupe désormais du choix des textes, de la direction de la plupart d’entre eux, mais aussi des éditions de manière plus générale.

Peux-tu présenter cette structure si particulière que sont les Éditions Critic ?

Les éditions Critic s’appuient sur la librairie du même nom, ouverte à Rennes en 2000. Elles existent depuis maintenant trois ans et demi et s’efforcent de défendre la littérature populaire dans les domaines des mauvais genres (SF, fantasy, fantastique, polar). Nous comptons désormais 20 titres à notre catalogue.

Peux-tu nous parler de votre travail sur la série Lasser ?

Je connais Philippe et Sylvie depuis plusieurs années, et aussi, lorsque j’ai lu la première nouvelle issue de l’univers de Lasser, je leur ai dit tout le bien que je pensais de celui-ci. Toutefois, il a fallu de nombreuses années pour que le projet se concrétise : de notre côté, la naissance des éditions Critic, du leur, le développement de leur univers.

Pour des questions de temps, je ne pouvais assumer personnellement la direction de l’ouvrage. Nous avons donc demandé à Célia Bénard de s’occuper de superviser la série, ce qu’elle a brillamment fait.

Le premier tome a paru en novembre dernier et a remporté le Prix Imaginales dans la catégorie « nouvelle ».

Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette série ?

Ce n’est pas tant un élément particulier que le résultat final qui donne le ton si léger de la série : l’humour, les personnages hauts en couleurs, le mélange du polar et de la fantasy, etc. L’univers imaginé par Sylvie et Philippe possède une originalité que l’on voulait développer sur une série. Trois tomes ont été signés ; d’autres suivront si les lecteurs répondent présents.

Quel est ton rapport à l’uchronie ?

C’est un genre que j’apprécie tout particulièrement, que l’on défend à la fois en librairie (notre dernier gros coup de cœur en date appartient à ce genre : Magie Brute de Larry Correia) et maintenant également avec les éditions Critic.

Peux-tu nous parler de vos projets, en cours et à venir ?

Nous avons 7 titres lors du premier semestre : deux thrillers historiques (Le Projet Morgenstern et Point Zéro), un recueil de nouvelles policières (Rennes, ici Rennes), deux « post-apo » (Gueule de Truie et Les Damnés de l’Asphalte), un space opera (Le Bricolo) et le deuxième tome des aventures de Lasser, Mariage à l’Égyptienne donc. En août prochain sortira une nouvelle uchronie (quand on vous disait que l’on aimait le genre), une réédition d’un roman paru aux éditions Rivière Blanche – Le Dernier des Francs de Michel Pagel – dont le point de divergence est la mort de Jules César… Suivront un nouvelle intégrale consacrée à P.-J. Hérault (Le dernier Pilote et sa suite inédite), un premier roman qui devrait faire parler de lui (le premier volet d’un diptyque de space opera) et l’intégrale de De Chair et de Fer de Laurent Genefort.

Y a-t-il un moyen de vous suivre au quotidien ?

Oui, via notre page facebook mise à jour quotidiennement ou presque.


Esquisses


Ronan Toulhoat a réalisé toute une série d'esquisses de couvertures qu'il a bien voulu partager avec nous.

Toutes ces illustrations sont copyright Ronan Toulhoat.

Propos recueillis par BC

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