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Rencontre avec Lasser, Detective des Dieux - 3

 


Ronan Toulhoat


Bonjour Ronan, peux-tu te présenter et nous parler de ton métier d’illustrateur et de dessinateur ?

Hello ! J'ai 28 ans (et demi, oui quand on approche de 30 ans, bizarrement on fait attention aux quart demi, afin de retarder l'échéance au maximum), je suis illustrateur / graphiste / storyboarder à mon compte depuis maintenant 4 ans.

Je dessine et j'y suis encouragé depuis tout petit. En gros, au moment où les autres gamins s'arrêtent de dessiner, moi j'ai continué. Je n'avais pas de télé à la maison, alors du coup eh bien j'inventais mes propres univers en dessin et en lego. Ceci dit je complétais ma culture Pulp / SF / Horreur / Thriller chez les copains.

Pour rassurer la famille, j'ai tout de même suivi un cursus scientifique, jusqu'à l'obtention d'un diplôme d'ingénieur, en continuant à dessiner à côté, et surtout à développer des projets de BD destinés à l'édition avec mon comparse Vincent Brugeas.

En 2008, deux évènements : j'ai mon diplôme, et, étrangement, aucun poste d'ingénieur à la clé…
L’autre nouvelle éclipse tout : nous signons notre premier contrat d'édition avec les éditions Akileos pour BLOCK 109, une uchronie très sombre sur une Seconde Guerre mondiale alternative. L’ensemble de la série doit se voir comme un hommage aux Action Movies (et à l’esprit des Comics Books) des années 80, avec un maximum d’action, et des scénarios dopés à la testostérone ! En tout cas, on s’amuse bien et le public nous suit dans nos délires, ce qui est bon signe !

Là je décide de mettre à exécution mon envie qui me titillait depuis un bon bout de temps, à savoir me mettre à mon compte pour vendre le seul savoir-faire que je possédais et en lequel j'avais confiance : le dessin.

Ça a marché !  Même si au début je n’étais clairement pas au niveau. Mais depuis 4 ans, je me fixe des objectifs de progressions toujours plus hauts qui m'aident à progresser et à faire évoluer mon dessin. Aujourd'hui mon temps de travail se partage entre la réalisation très cadencée de BDs (Chaos Team, en cours, toujours chez Akileos, deux albums de 120 pages par an), de l'illustration pour l'édition (couvertures), pour les agences de com’, et pour le plaisir : du storyboard (BD/ pub/cinéma). Depuis peu je commence à toucher au concept art afin de travailler pour le jeu vidéo et le cinéma, avec qui je commence à avoir quelques touches très intéressantes!

Peux-tu nous éclairer sur ton quotidien et le travail "sisyphien" qu’il implique ?

Ma journée de travail commence à 8h, se termine à 19h. Je commence toujours par me chauffer la main en arrivant le matin au bureau en gribouillant du nu, des machines, des animaux, etc....puis j'enchaine sur le planning en cours.

Sisyphien, pas tant que cela en fait, car mon quotidien est très variable (pas en horaire par contre), et c'est là tout le sel du métier. Le matin je peux arriver au bureau, ouvrir mes mails et découvrir une nouvelle demande émanant d’un nouveau client, forcément urgente, cela va de soi, et de fait je dois chambouler mon planning pour la caser, me réorganiser et être créatif le plus rapidement et le plus efficacement possible.

Malgré tous mes efforts je n’ai pas encore réussi à créer cette machine temporelle qui me permettrait de m’expédier mes dessins dans un passé proche…

Seul en fin de compte le travail de BD impose un rythme ultra régulier auquel je me plie avec bonne grâce car faire de la BD reste un plaisir pur et jouissif dont je ne peux me passer.

En revanche je sais que je ne pourrais en faire toute la journée, j'ai besoin de changer, de varier, de travailler sur autre chose, et c'est là que les illustrations, le concept art ou le storyboard me permettent de respirer en faisant quelque chose de différent.

D'ailleurs contrairement à ce que beaucoup pense, il n'y a pas de distinction dans mon travail et donc dans mon chiffre d'affaire entre la BD et le reste. LA BD est un contrat comme un autre, sauf que j'y ai un peu plus carte blanche :

Je ne mets et je ne mettrais jamais tous mes œufs dans le même panier : à savoir faire une seule et unique chose.

Je mets le même intérêt pour tous mes contrats, même ceux, à priori rébarbatifs, que d'autres nommeraient « travail alimentaire », peuvent apporter un angle d'attaque très intéressant.

Parle-nous de la création des couvertures de Lasser, du brouillon à l’original…
Pour Lasser j'ai procédé comme je procède tout le temps : je demande d'abord à lire les manuscrits. Cela m'aide à générer des images. A la lecture il y aura toujours une ou plusieurs images fortes qui se détacheront.

En général, j'ai toujours UNE image persistante qui s'imprime durablement dans ma tête. Mais je ne peux pas présenter à l'éditeur un seul projet de couv’. C'est pourquoi la lecture m'aide à en générer d'autres. Mais je me trompe rarement : la première idée est très souvent la bonne.

Je pose donc les idées en une série de rough (brouillons) où les grandes lignes de l'illustration sont posées (composition, lumière, mise en scène et couleurs).

J’envoie ces roughs à l'éditeur qui va en choisir une, ou qui me demandera de faire un mélange entre plusieurs.

Une fois que nous avons validé ensemble le choix final, je passe à la réalisation proprement dite.

Je travaille exclusivement en numérique : c'est à dire que je dispose d'une palette graphique CINTIQ 24HD, et de Photoshop, dans lequel j'ai customisé des brosses qui me permettent de peindre numériquement.

De fait, dans Photoshop, j'ouvre un fichier au format final d'impression, j'importe mon croquis de base, et je commence à affiner et dessiner dans le détail l'illustration.

Dans le cas particulier de Lasser, comme il y a 3 bouquins, j'ai proposé à Critic de faire une fresque, où les 3 couvertures formeraient une continuité.

Quel est ton rapport à l’uchronie, en tant que lecteur et que dessinateur ?

Je suis venu à l'uchronie avec Block 109, et grâce à Vincent. Avant qu'il ne m'explique le concept, je connaissais très mal la signification de ce mot. Ou du moins j'avais eu peu conscience de ce qu’il recouvrait. Mais depuis j'en ai lu beaucoup, et avant tout en tant que lecteur j'apprécie énormément. Mais seulement quand l'uchronie sert de contexte pour mettre en scène une bonne histoire, et non chercher un prétexte pour faire uniquement de l'uchronie.

Dans un autre style, l'uchronie qui se veut réaliste m'emmerde profondément. Une uchronie n'est pas "réaliste", puisqu'on imagine ce qui aurait pu se passer, de fait on peut tout se permettre et donner libre court au merveilleux....

Et c'est donc aussi dans cette optique que je l'aborde en tant que dessinateur. Une uchronie bien pensée permet de générer des images très fortes, de jouer sur des détournements d'images connues, etc.

Bref, de faire rêver le lecteur/spectateur, et de l'emmener dans un autre monde.

Peux-tu nous parler de tes projets, en cours et à venir ?

Alors actuellement, en BD, je suis donc sur Chaos Team, toujours avec Vincent au scénario. C’est du Post-Apo dans un futur très très proche : des Aliens sont venus et nous ont foutus une belle raclée ! Les Etats terriens ont ripostés, se sont pris un revers de bâton sévère, et la civilisation tel que nous la connaissons s’est effondrée. Les Aliens sont remontés en orbite, et les mafias ont pris le pouvoir. Dans ce joyeux monde, une entreprise de mercenariat qui loue ses hommes et ses armes au plus offrant tire son épingle de jeu. Une de ses équipes, la Chaos Team (étonnant non ?), va se rendre compte peu à peu qu'elle peut changer les choses....

Cette série comprendre 3 saisons, de deux livres chacune. Deux livres par an, et surtout, surtout, une prépublication numérique, 3 mois avant chaque sortie d'album, sur www.label-vinwatt.com et sur BDBUZZ.

Toujours avec Vincent nous projetons de faire, après Chaos Team, un thriller/western dans les bas-fonds de Londres, à la fin du XIXème siècle. Nous souhaitons mettre en scène un Londres à la fois fantasmé, fantasmagorique et steampunk et cela me botte au plus haut point !

On a également dans les cartons un "THE SHIELD" médiéval, un western napoléonien, ...bref.... on n’a pas de quoi s'ennuyer pour les 20 prochaines années ! ;o)

Sur d'autres plans, outre les orientations pro (illustration/ concept art/ storyboard) et les contrats qui vont et viennent, je me réserve toujours un peu de temps pour développer des produits persos et les vendre sur salons et autre manifestation. Je réalise des séries d'illustrations que je tire en porte-folio ou en pièce à tirages très limité. Prochainement je vais sortir une série de carnets de croquis en série très limité également, bref...je ne m'ennuie pas!

Y a-t-il un moyen de te suivre au quotidien ?

Mais tout à fait : sur Facebook, à mon nom ou en likant ma page pro : CREA'R.T. Designstudio. Ou via mon site internet qui va très prochainement (enfin vous savez ce que c’est) être refondu : www.creart-designstudio.fr

Enfin pour nos prépublications d'albums : www.label-vinwatt.com

Ou sur Facebook : label vinwatt (pour la petite histoire, vinwatt, c’est pour VINcent brugeas et ronan toulWATT)

 

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